Romance – Les dessous d’un sous-genre littéraire international en expansion ! – Entretiens avec Kristy Boyce, Leslie Murphy & La Librairie 9e quai romance !

Elle représente 39 % des ventes sur le marché littéraire américain, 7 % du marché littéraire français. La romance est LE sous-genre littéraire en nette augmentation ces cinq dernières années.

Mais alors, que représente ce sous-genre autant plébiscité que vivement critiqué en France et outre-mer ?

Découvrez, au sein de ce dossier complet, une vaste analyse sur le sous-genre lié à l’amour et à la connexion humaine, enrichie par l’intervention de professionnelles du secteur. Laura, libraire spécialisée au sein de l’une des seules librairies de romance françaises : 9e Quai Romance, Leslie Murphy, créatrice du célèbre blog américain She Reads Romance Books, et enfin Kristy Boyce, autrice américaine de best-sellers en romance adolescente, notamment avec son manuscrit Dungeons & Drama, ont accepté de répondre à mes questions afin d’approfondir notre vision du genre !

La Romance : Kesako ?

Il est tout d’abord pertinent de s’interroger sur la naissance de ce sous-genre littéraire. L’objectif principal d’un manuscrit de romance pourrait se définir ainsi : une intrigue se basant principalement sur la construction d’une relation amoureuse entre deux ou plusieurs protagonistes.

Si des sous-intrigues (tropes) peuvent venir épaissir ces manuscrits, le cœur de leur création repose sur l’évolution relationnelle des différents personnages autour de la notion  de « sentiments ».

L’une des premières romances marquantes représente bien cette dynamique : Orgueil et Préjugés (1813) de Jane Austen.

Ce roman, vendu à plus de 20 millions d’exemplaires dans le monde, suit l’aventure d’Elizabeth Bennet, refusant de se marier par convenance, tandis qu’elle rencontre le désagréable M. Darcy. Leurs ressentiments mutuels vont, petit à petit, évoluer en émotions plus délicates. Les préjugés et mauvaises impressions se transformant délicatement en attachement.

Si ce premier roman de « mœurs » inspire les origines de ce sous-genre littéraire auprès d’autres auteur·e·s poétiques tels que Samuel Richardson ou encore Kathleen Woodiwiss, il est intéressant de noter que le terme « romance », en tant que sous-genre littéraire, n’est pas défini dans le dictionnaire Larousse français. Une première inégalité pouvant laisser présager la différence d’accueil réservée à ce sous-genre en France et dans les pays anglophones, où son statut est mieux analysé.

"Une histoire à propos d'amour."

Au fil du temps, la romance et ses codes ont rapidement évolué, passant à des manuscrits plus modernes et reliant différents sous-genres littéraires. Notamment en 2005, avec la saga Twilight de Stephenie Meyer, qui mêle romance et paranormal. Aujourd’hui, la romance puise ses inspirations dans la société actuelle (romance contemporaine), avec des titres comme The Love Hypothesis d’Ali Hazelwood, ou explore le sous-genre de la fantasy avec les romantasy, tendances des dernières années, telles que ACOTAR de Sarah J. Maas ou Le Prince cruel d’Holly Black. Je reviendrais plus loin dans cet article sur les tendances 2024-2025 de la romance.

En outre, les éléments principaux d’une romance pourraient être définis ainsi :

  • La présence de deux ou plusieurs protagonistes constituant la romance.

 

  • Un thème principal « justifiant » la construction relationnelle des mêmes protagonistes. C’est ici que les « tropes » peuvent intervenir : un même environnement professionnel, une même pratique sportive, un même objectif fantastique… Quelque chose doit lier les protagonistes entre eux (même un agacement mutuel) et justifier l’attachement futur qui les construira.

 

  • Évidemment, des phases de tensions et de séduction.

 

  • Selon le lectorat, potentiellement des scènes érotiques ou dites « épicées ». [Elles ne sont nullement obligatoires en romance et s’inscrivent dans des romans précis et préparés pour !]

 

  • Une fin heureuse. [Je sais ce que vous allez me dire : comment ça, une fin heureuse obligatoire ? Il est largement convenu qu’en majorité, le lectorat de romance favorisera un manuscrit se terminant « bien ». Cela ne signifie pas forcément une fin remplie de paillettes et de dauphins en toile de fond, mais plutôt que le lecteur doit être rassuré en sachant pertinemment que les protagonistes trouveront une manière de se « retrouver » avant la fin du manuscrit.]

Maintenant que nous avons en tête tout ce qui constitue ce sous-genre littéraire majeur du paysage éditorial, tentons de comprendre son ascension auprès d’un lectorat fidèle et en demande.

Pourquoi la romance plaît-elle autant ?

Pour répondre à cette question, j’ai eu la chance de pouvoir interroger les trois intervenantes présentées en introduction de cet article sur ce qu’elles considéraient être une « bonne romance » :

"Pour moi, une 'bonne romance' est un livre qui offre un tout cohérent : non seulement une écriture spectaculaire, mais aussi une intrigue captivante qui nous plonge dans les pages, un développement des personnages exceptionnel et, bien sûr, une histoire d’amour envoûtante avec une fin heureuse qui reste en tête bien après avoir tourné la dernière page. Beaucoup de mes auteurs de romance préférés donnent l'impression que c'est facile, mais lorsqu'on lit un livre médiocre qui manque dans l'un de ces aspects, on réalise que ce n'est pas le cas."

"Pour avoir une bonne romance, il faut un sujet qui se tient (ex : une romance avec des motards, mais sans les termes de moto, ça ne colle pas). J'aime qu'il y ait un minimum de recherche. Ensuite, de la tension, c'est primordial, que la jauge de la romance augmente progressivement. Et surtout, et je pense que c'est le cœur de la romance, de l'émotion ! Et pour finir, s'il y a de l'humour, des jeux de mots bien trouvés, c'est gagné !"

"Certains des éléments les plus importants d'une bonne romance sont la tension et l'alchimie. En tant que lecteurs, nous devons voir le couple ensemble pour comprendre à quel point ils sont faits l'un pour l'autre, mais nous devons aussi nous inquiéter de savoir s'ils réussiront réellement à rester ensemble à la fin."

 [Tous les propos ont été traduits par mes soins.]

Ces trois réponses démontrent combien le lectorat de ce sous-genre est particulièrement attentif au respect des codes du genre. Le lectorat, parlons-en justement !

Dans une étude publiée en 2024, Babelio révèle que le lectorat moyen de la romance est majoritairement composé de femmes entre 25 et 35 ans (85,9 %). Cette même étude identifie également que les lecteurs recherchent le besoin de « changer de monde » ou de « ressentir des émotions » à travers ce sous-genre littéraire.

Il est aussi pertinent de souligner l’impact de l’âge des lecteurs. La romance étant plurielle, elle peut autant s’adresser à un lectorat young adult qu’à un lectorat plus mature. Les codes du genre évoluent alors en conséquence. Par exemple, certaines scènes sensuelles ne seront pas adaptées à un public adolescent, demandant ainsi aux auteur·e·s d’adapter leur intrigue.

"Du moins pour mes lecteurs (j’écris pour le marché des jeunes adultes ou adolescents), ils s’intéressent davantage au développement de la relation. En fait, mes personnages ne se mettent souvent en couple qu’à la toute fin du livre. La plupart des romans d’amour américains que je lis sont similaires : l’essentiel de l’histoire porte sur l’évolution de la relation et sur la façon dont le couple surmonte les obstacles pour finir par se retrouver."

La diversité de la romance permet aux lecteurs de choisir le ton, l’ambiance et l’univers qui leur conviennent, selon les tropes et les sous-familles commerciales du genre :

  • New Romance
  • Romantasy
  • Romance paranormale
  • Romance érotique, etc.
 

Leslie Murphy met en avant cette adaptabilité du genre :

"J’aime particulièrement les romances qui offrent un développement approfondi des personnages, en nous donnant un aperçu de leur psychologie, de leurs motivations et de leurs émotions. Mais cela ne signifie pas que je ne peux pas aussi apprécier une romance légère, avec peu de développement des personnages, qui se contente de raconter une belle histoire d’amour. Ce que j’adore dans ce genre, c’est la diversité qu’il propose, me permettant de toujours trouver une lecture en accord avec mon humeur. L’une des plus grandes forces de la romance est justement cette variété : que vous aimiez la dark romance, la romance avec des monstres, la romance historique, les romances à portes ouvertes ou fermées, il y a quelque chose pour tout le monde, avec une multitude de tropes à découvrir."

Puisque la romance repose sur nos émotions et notre manière de nous connecter aux autres, il est essentiel de ne pas la réduire à un simple genre « à l’eau de rose ». Lire de la romance, c’est aussi chercher à mieux comprendre le monde, la société et nos interactions humaines. Je suis persuadée que ce sous-genre est l’un des plus réactifs aux évolutions et attentes sociétales.

Justement, comment pouvons-nous observer les tendances et attentes de la romance en 2025 ? 🔎

Les tendances 2025 auprès de la romance :

Les évolutions du genre s’effectuent généralement autour des différentes “tropes” (sous-thématiques) recherchées par le lectorat en romance. Comme analysé finement par Jane Friedman en août 2024, la sous-thématique de la “Romantasy”, entendez mélange des sous-genres de Romance et Fantasy, est en pleine expansion, tout comme la nette progression de la place de l’érotisme au sein du genre.

Selon Laura, les demandes des client.e.s en librairie ont également évolué vers des sous-thématiques plus spécifiques :

“La dark romance et la romantasy prennent largement le dessus, tout comme les tropes “enemies-to-lovers” ou encore les romances à l’université.”

Pour Leslie, l’augmentation de l’intérêt pour la romance peut également s’expliquer par la place importante que prend ce sous-genre sur les réseaux sociaux littéraires tels que “BookTok” ou “Bookstagram”, où des blogueurs se consacrent exclusivement à la littérature sur Instagram ou TikTok :

“Je pense que les réseaux sociaux ont contribué à normaliser cette passion pour la diversité en romance, car ils permettent aux lecteurs de trouver d’autres personnes partageant le même engouement pour un thème ou un trope particulier. Comme je l’ai mentionné, la romance avec des monstres et la dark romance ont gagné en popularité ces dernières années. J’adore aussi le fait que de plus en plus de romances soient écrits par et pour des auteurs et personnages LGBTQ+. La romantasy connaît également un essor impressionnant, mêlant des éléments de fantasy à une histoire d’amour centrale. Je ne pense pas que cette tendance ou cette catégorie de romance disparaisse de sitôt.”

Ces tendances, en plus de faire rapidement évoluer le genre, demandent également aux auteur.e.s d’adapter leurs projets et leurs connaissances littéraires en conséquence, comme nous l’explique Kristy :

“J’ai remarqué que certains lecteurs s’éloignent de la "rupture du troisième acte", qui est pourtant un élément classique de ces romans. J’ai vu des lecteurs demander des schémas narratifs différents, où le couple ne se sépare jamais, mais doit plutôt affronter une autre épreuve ensemble à la fin du livre.”

Si la romance continue de grandir, elle ne doit cesser de faire ses preuves au sein du milieu littéraire, année après année.

Les débats du sous-genre :

Longtemps appelé “roman à l’eau de rose” ou encore “chick lit” (comprenez “littérature pour poulettes”), la romance doit non seulement se battre contre un grand nombre de clichés, mais également contre un élitisme littéraire qui la met à rude épreuve lorsqu’il s’agit de la prendre au sérieux. Une étude réalisée par l’université de Toronto en 2019 a révélé que 68 % des critiques littéraires jugeaient ce genre comme étant de « basse qualité ». [source]

“Le genre de la romance a longtemps dû se défendre ici, aux États-Unis, mais j’espère que cela est en train de changer avec sa popularité grandissante ces dernières années. La romance a toujours été un genre très lu, mais aujourd’hui, de plus en plus de gens partagent leur amour pour ces livres en ligne, sur les réseaux sociaux et dans d’autres espaces communautaires, ce qui contribue à la déstigmatisation du genre. Je pense que beaucoup de ceux qui le méprisent encore sont des personnes qui n’ont jamais lu de romans récents et qui basent leurs jugements sur les couvertures traditionnelles des romances d’autrefois. Le fait qu’un livre garantisse une fin heureuse ne le rend ni “cliché” ni inférieur aux autres genres littéraires.”

“Concernant la vision globale de la romance, on entend plein d’avis différents quand il s'agit de discréditer le genre (roman de gare, roman de la ménagère, Harlequin moderne...). Mais en aucun cas, il ne s'agit seulement de justifier des scènes de sexe. La romance aborde des sujets d'actualité et de société à travers les histoires d'amour : elle dénonce des comportements déviants ou toxiques, le harcèlement, la violence domestique/conjugale, les traumatismes, etc.”

“D’un côté, il y a indéniablement des personnes qui méprisent ce genre. Souvent, cela semble venir du fait que ces romans sont principalement écrits et lus par des femmes, et beaucoup sont prompts à dénigrer tout ce qui plaît aux femmes. En même temps, la romance est un genre extrêmement populaire aux États-Unis. C’est l’un des genres les plus vendus, et il ne cesse de croître.”

L’augmentation des sous-thématiques parfois plus intenses ou plus niches, telle que la dark romance, qui se définit comme des romances aux thématiques plus sombres et écrites uniquement pour un lectorat adulte, mature et averti, a parfois aussi donné l’impression que la sexualité était un point obligatoire au sein des manuscrits :

“Je ne pense pas que les scènes spicy soient devenues une obligation, et je déplore un peu le fait qu'il faille en mettre pour que la sauce prenne. Il y a de très bons romans où la tension est très bien construite sans avoir besoin de scènes explicites (ex : Heartless Hunter).”

Pour Leslie, discréditer la place de la sexualité dans le genre revient souvent à critiquer la romance elle-même, plutôt que l’objectif narratif que ces scènes peuvent représenter :

“Le sexe est en quelque sorte normalisé à la télévision, alors pourquoi ne le serait-il pas dans un livre, c’est un mystère. C’est une part de l’expérience humaine, et c’est justement ce que les romances explorent : la connexion humaine, la communication, les relations, et le sexe fait partie de ce paysage. Je ne vois pas les gens discréditer les thrillers pour justifier le meurtre, alors pourquoi les romances devraient-elles être mises à part pour quelque chose qui peut ou non faire partie de leur intrigue ?”

S’il est important de suivre l’actualité du sous-genre littéraire que nous lisons ou écrivons, il faut aussi garder en tête que l’intérêt pour la romance ne fait que croître ! Ce sous-genre est même devenu le plus lu aux États-Unis. À mon sens, il est crucial de ne pas stigmatiser ou classifier les sous-genres littéraires : chacun a sa place dans une librairie et chacun bénéficie de son propre lectorat. Aucun ne mérite d’être jugé “inférieur” à un autre.

Conseils aux écrivain.e.s de romance :

Si vous êtes vous-même écrivain.e de romance ou en réflexion pour vous lancer, voici quelques conseils précieux des intervenantes de cet article :

“De nombreux auteurs ajoutent désormais des avertissements de contenu au début de leurs livres pour informer les lecteurs des thèmes sensibles que certains pourraient vouloir éviter. Personnellement, j’apprécie vraiment cette initiative, car j’ai déjà lu des best-sellers du New York Times contenant des thèmes difficiles sans en être informée à l’avance. Cela a gâché mon expérience de lecture. À ma connaissance, seuls les auteurs de romance font cela.”

“C'est un conseil simple, mais lisez des livres récents dans le genre. Vous pouvez apprendre beaucoup sur ce qui "fonctionne" et ce qui ne fonctionne pas simplement en lisant largement !”

“J’aimerais voir un travail plus approfondi sur le style d’écriture et le vocabulaire. D’un point de vue global, j’aimerais aussi observer un travail plus minutieux de la part des éditeurs.”

Remerciements :

Je remercie chaleureusement Kristy Boyce, auteure de Dungeons & Drama mais également de Dating and Dragons, pour m’avoir accordé son temps en plein milieu de la sortie de son nouveau roman, désormais New York Times Bestseller à son tour ! Je remercie grandement Leslie Murphy de nous avoir offert une vision précise et détaillée de la romance aux États-Unis grâce aux connaissances acquises auprès de son travail pertinent sur son blog She Reads Romance Books ! Je remercie Laura de nous permettre d’étendre l’importance du genre en France ainsi que pour son accueil chaleureux et pertinent à la Librairie 9e Quai Romance ! Enfin, je remercie toutes les personnes ayant lu cet article et m’ayant accordé leur confiance durant cet instant !

Writing

Qui est La Floraison Littéraire ?

Depuis plus de deux ans, Lolita, créatrice de La Floraison Littéraire, propose des ateliers d’écriture de fiction pour aider les écrivain.e.s à renouer avec leur écriture et leur créativité. Elle est également professeure d’écriture de fiction en région lyonnaise et accompagne de futur.e.s auteur.e.s dans leurs projets grâce à ses classes annuelles et ses accompagnements personnalisés. Toujours à la recherche de nouvelles connaissances, La Floraison Littéraire a notamment suivi des formations d’écriture de fiction anglo-saxonnes.

Pour rappel, en dehors des sources explicitement citées, cet article appartient exclusivement à La Floraison Littéraire. Les propos des intervenantes ont été recueillis par mes soins. Merci de ne pas copier ou reproduire le contenu de cet article sans mon autorisation.
— Lolita.

 

Toutes les photos d’illustrations présentées appartiennent reviennent à leurs auteur.e.s orginaux.

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